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Une brève biographie

PAR ANTOINE COURTIN

1920-1939 : Auberges de Jeunesse et théâtre amateur

Roger Pic, de son vrai nom Roger Pinard, né le 15 septembre 1920 à Paris, est le fils d’un artisan graveur. Il côtoie très tôt le monde du spectacle, accompagnant ses parents, chanteurs et acteurs amateurs, et fréquentant les soirées cinéma de l’Excelsior, les cafés-concerts et les music-halls. Durant ses années de lycée, il découvre avec enthousiasme les Auberges de Jeunesse, qui ont pour vocation de permettre aux jeunes de découvrir la France. Il s’engage dans cette voie et devient animateur. Il rencontre Pierre Jamet, qui l’initie à la photographie, sans pour autant renier ses premières amours théâtrales : à la veille de la guerre, on le retrouve à la tête d’une compagnie amateur, dont le local, situé au 21 avenue du Maine à Paris, deviendra plus tard son atelier. On y joue Molière, Paul Fort et Rabelais. Ces expériences sont pour lui d’une grande richesse : il pratique tous les métiers, de la régie à la mise en scène en passant par la réalisation de décors et de costumes.

1940-1950 : succès et échecs dans l’univers théâtral

Pendant la guerre, Roger Pic s’inscrit à la faculté de droit à Paris pour obtenir le statut d’étudiant et éviter ainsi le Service du Travail Obligatoire, mais abandonne rapidement l’université pour travailler. En 1940, il devient régisseur pour La Compagnie du Regain dirigée par Christian Casadesus, fonction qu’il occupera par la suite dans quatre compagnies. Il s'éloigne un temps de Paris et de sa famille. De retour à Paris à la Libération, il fabrique des cadrans de montres dans la boutique de son père afin de subvenir aux besoins de sa famille. Mais sa fascination pour la scène ne tarde pas à refaire surface : il encourage son ami Léon Chancerel, rencontré dans les Auberges de Jeunesse, à rouvrir, dans les locaux du boulevard Kellermann, un centre d’art dramatique dont il devient le secrétaire général. Parallèlement, il collabore à la structure Travail et Culture initiée par Jean-Marie Serreau, Maurice Delarue et Pierre-Aimé Touchard, dans le cadre de la politique de culture populaire et d’animation : il est chargé de mettre en place des initiatives musicales, cinématographiques et théâtrales, participant ainsi aux prémisses de l'aventure du théâtre populaire. Il côtoie, entre autres, les troupes d’Yves Robert et de Grenier Hussenots ou encore les Quatre barbus. Sur les conseils de Chancerel et de Serreau, il crée une nouvelle compagnie, Le Théâtre de la Ville et des Champs, dont il prend la direction officielle. Mais cette nouvelle aventure se solde par un échec.

1950-1970 : la photographie de théâtre

Se souvenant de sa rencontre avec Pierre Jamet, il se tourne alors vers la photographie de théâtre, afin, selon ses propres mots, de se maintenir dans un univers qu’il ne veut pas abandonner et qu’il connaît particulièrement bien. À l’aide d’un Rolleifleix d’époque, il immortalise d’abord ses amis, notamment Jean-Marie Serreau, qui vient de créer en 1952 avec Maurice Jarre, François Ganeau et Eléonore Hirt le Théâtre de Babylone. Il ne tarde pas à devenir le photographe des pièces de Luigi Pirandello, d’August Strindberg ou encore de Samuel Beckett. En 1955, il est engagé par A.-M. Julien et Claude Panson pour être le photographe officiel du Festival d’Art dramatique de Paris, créé l’année précédente au sein du Théâtre Sarah-Bernhardt — qui donnera naissance deux ans plus tard au Théâtre des Nations. Roger Pic photographie à cette occasion le Berliner Ensemble de Bertolt Brecht et notamment la pièce Mère courage, qui marquera profondément les esprits. Entre 1955 et 1970, il devient une figure incontournable du monde des arts du spectacle. Il est notamment le photographe attitré de la Compagnie Renaud-Barrault, du Théâtre national populaire sous l’ère de George Wilson (1963-1972), de Maurice Béjart (1957-1970) ou encore de son ami le Mime Marceau, qui avait été l’un des ses premiers clients. Le 13 avril 1959, A.-M. Julien devient administrateur de la Réunion des théâtres lyriques nationaux, regroupant le Palais Garnier et l’Opéra-Comique, et fait de nouveau appel à Roger Pic pour couvrir les opéras et les ballets. En 1957, Roger Pic avait accepté de photographier, pour des publications en grand format aux éditions du Cercle d’Art, des œuvres d’art de différents musées russes comme l’Ermitage. Le succès de cette commande l'avait conduit à multiplier les voyages, durant lesquels il avait développé un intérêt croissant pour la géopolitique et le photojournalisme. Durant la décennie 1960, il exerce le double de métier de photographe de spectacle et de photoreporter à travers le monde. Il se rend en Chine à trois reprises, à Cuba de façon régulière – d’où il ramène des enregistrements de musique cubaine –, explore l’Indochine, interviewe Hô Chi Minh et Ben Bella.

Les années 70 : l’adieu au théâtre et le journalisme

L’année 1970 marque la fin de son activité de photographe pour la R.T.L.N : l’un des derniers spectacles qu'il photographie pour le Palais Garnier est le Boléro de Maurice Béjart. Une nouvelle carrière s’offre alors à lui, amorcée par ses nombreux voyages de la décennie précédente : il est reporter indépendant pour différents organismes de presse et de télévision tels que CBS news ou TF1, collaborant à diverses émissions telles que De nos envoyés spéciaux, Point-Contrepoint, avant de créer avec Michel Tuairac l’émission Au rendez-vous des grands reporters, qui remportera un grand succès. Pendant une vingtaine d’années, il parcourt le monde avec son appareil photo et sa caméra, réalisant quantité de reportages sur les sujets les plus divers, de l’Histoire de la Chine de Mao aux sculpteurs Frans Krajcberg et Susumu Shingu. Il consacre les dernières années de sa vie à la sauvegarde de la cité des artistes du quartier Montparnasse, où il conserve jusqu’à la fin son atelier au 21, avenue du Maine. En 2000, il crée ainsi le musée du Chemin du Montparnasse. Roger Pic décède le 3 décembre 2001, à l’âge de 81 ans.